le procès des Biens Mal Acquis
Par idéalisme sans doute, j’ai toujours cherché des circonstances atténuantes aux situations, considérants que rien n’est jamais tout noir ou tout blanc et que la vérité se trouve souvent dans la nuance. Mais s’il y a bien une cause qui demeure injustifiable au-delà de tout, c’est évidemment celle des biens mal acquis.
Comment justifier qu’un chef d’état possède une fortune telle, qu’il pourrait, de son carnet de chèque, rayer la dette de son pays, comment un président peut-il fustiger la corruption alors que son propre fils collectionne les voitures de luxe dans sa villa de Malibu à 35 millions de dollars ?
Pas la peine d’être un génie en géopolitique pour deviner l’odeur du pétrole derrière toutes ces affaires mais comment de tels chefs d’Etats puissent-ils perdurer et creuser un tel fossé économique entre eux et le peuple qu’ils sont censés représenter ?
Je n’ai toujours pas de réponse.
Ma première expérience avec les BMA s’est déroulée à l’ambassade du Gabon en France. La secrétaire de l’Ambassadeur m’avait précisé que ce dernier me paierait en personne et en liquide, dans les couloirs de l’ambassade. J’étais un peu étonné, mais je ne pouvais pas douter (à l’époque) d’une telle institution qui m’avait signé une facture pour la réalisation de ses cartes de vœux de la nouvelle année.
Je n’ai, bien sûr, pas laissé mes cartons sans paiement en retour et j’ai compris, plusieurs rendez-vous reportés plus tard, que monsieur l’ambassadeur n’enverrait pas ses bons vœux en Avril. Alors je l’ai fait pour lui, avec un mot d’explication plutôt humiliant à son endroit, à toute la presse et aux ambassades.
Le résultat à été immédiat, j’ai été très vite payé mais surtout, je venais de trouver le point faible de ce grand corps diplomatique immunisé : l’orgueil.
Lionel Girard